Chemins de traverse, à l'école des buissons, débroussailler au fond et suivre les rêves de ses pieds.

 

De près ou de loin. L'esthétique naturelle du mouvement, de l'immobilité et des grands espaces. Danser en milieu naturel. La pierre, l'air et l'arbre. Et nous dedans. Faisons un pas de côté. Encore un. Ayons recours aux forêts pour nos rondes erratiques, pour revenir au lieu, celui des plénitudes de l'enfance et des grands oiseaux noirs.

Éprouver physiquement la nature, la camaraderie, les émotions, l'esthétique, la poésie, la liberté, la légèreté, le doute, le souffle, le rythme juste, la douceur et la dureté, les marges, les délimitations et le fond, l'autonomie, la simplicité, la solitude, le plaisir et l'effort, pour se sentir appartenir à l'ensemble, à la vie.

 

Voyons autrement ce qui nous entoure. Allons voir plus loin, allons voir ailleurs et voyons comment on en revient. Découvrons le monde de son voile dur. Sondons sa complexité. Courons après l'infime, après l'inconnu. Explorons d'autres lieux. Doutons. Résistons. Rêvons au-dessus des contraintes du réel. Faisons avec l'ombre.

Voyons si la répétition, le quotidien, l'essentiel amène à un indicible, à une abstraction qui parle du temps qui passe, un absolu.

Voyons si l'engagement, le dépassement physique améliore la vue, la rend plus légère, plus grave, plus dense, plus profonde jusqu'au vide de soi dans le regard, jusqu'au cœur épuré. Se dépouiller, s'oublier,s'égarer, errer, danser, in-exister, répéter sans cesse le geste, le premier pas ou le plus petit, jusqu'à l'absurde, jusqu'à la grande vie. L'épreuve, et non la souffrance, pour accéder à la vie, au centre, au présent du corps et de la tête, au détail, à l'émotion du vide, au rire, à l'essentiel de soi et un peu plus, aux petits et grands deuils, aux petites et grandes espérances.

Courons après cette part qui nous manque, après nos pas perdus, ceux du début. Courons toujours pour ne pas tomber, en équilibre sur la vie, en ne comptant que sur ses jambes. Trouvons le geste, la foulée, le souffle juste. Celui de la course et celui de la photo, cet instant de vérité physique. Traversons la complexité pour arriver à la simplicité. Acceptons de tout comprendre puis de ne plus rien comprendre du tout.

Voyons si la discipline est bonne en toute chose. Et le travail. La difficulté et la facilité. Les aiguillons de l'inconfort et de l'accident. Arriver à l'inconnu, au mystère par le dérèglement de tous les sens (Rimbaud). Être fort? Prendre un risque vivant, définitif pour le savoir, pour être faible, petit et le comprendre. Reste-t-il une grandeur dans le dénuement?

L'instant se mérite-t-il?

Voyons si l'on peut faire plus partie de ce qu'on traverse, plus librement, plus physiquement, plus singulièrement.

Voyons si l'on peut être libre. Voyons si l'on peut être lent. Voyons si l'on peut être seul. De cette solitude face à l'immensité. Coupons les fils du pantin. Trouvons notre colère, notre anarchisme, fixons nos propres règles, une exigence autre.

Et le souffle régulier, quotidien, entrons en poésie. Respirons un air décalé. Écoutons la petite musique de la vie qui sonne plus fort.

Cherchons des réponses sans en trouver. Voyons ce qui reste et ce qui disparaît, toujours.

Goûtons le silence. La beauté. La sidération. Et la joie. Ce qui circule dans les deux sens entre l'intérieur et l'extérieur. Contempler, rêver et mesurer l'écart sur la photo. Le temps qui flotte.

Voyons si, lorsqu'on va plus loin, c'est toujours aussi près, si l'on est toujours nous-mêmes ou si l'on en revient différent. Réalisons cette différence.

Voyons si la vie tient en une capillarité de solitudes.

Voyons ce qui est différent ou pas au bout, ce que nous partageons partout, notre condition humaine, nos élans rompus, nos efforts, nos petits matins. Les camarades, une humanité (les gens plutôt) différente, plus belle, notre appartenance. Trouvons ce qui nous relie, ce qui fait de nous des êtres humains. Une main posée en haut d'un dos sur une ligne (d'arrivée). Les émotions, le geste répété et la pensée. La fantaisie certainement.

Trouver et retrouver cette violence nécessaire au premier pas, la maintenir ou la convoquer si le besoin s'en fait sentir. Trouver le geste beau, c'est-à-dire naturel, cette élégance du corps, ce maintien libre, en résonance bestiale avec le paysage. Trouver aussi sa respiration, son rythme, sa fréquence optimale, la sienne propre, pas celle d'un autre, celle plutôt d'un ailleurs intime, celle qui permet de durer dans le temps, celle où l'on négocie le mieux avec la gravité. Goûter enfin, au repos après l'effort, à la vie élargie.

Et puis la sobriété heureuse, l'épure, l'ascétisme épicurien, l'ataraxie de l'âme, l'absence de raison, le retour à la nature, à la nécessité de l'homme, à l'essentiel, à ce qui compte, la légèreté.

Voyons si nous comprenons mieux sur d'autres chemins ce qui rend la vie belle ou si les chemins quotidiens suffisent. Le voyage, le basculement des horizons, des lignes, des habitudes, les visages, le nomadisme ou la fixation, le bivouac ou la sédentarité.

Échappons au temps, attrapons le lorsqu'il s'arrête pour reprendre son souffle. Trouvons des équilibres, des instants entre deux basculements.

Essayons de saisir ce qui nous échappe, le temps qui passe, l'instant qui disparaît (Bérénice Abbott).

Mettons un souffle après l'autre, comprenons ce rythme, cette musique, l'éternité et l'éphémère, le silence et le bruit, le maintien et le changement, l'immobilité et le déplacement, la simplicité et la complexité, le dedans et le dehors, la légèreté et le poids, le simple et le complexe, l'infime et le gigantesque, les racines et les ailes, ce tiraillement.

Comprenons aussi comment coexistent la rage et la douceur. Se choisir une rigueur, penser par soi-même, comme point de vue unique et responsable de fait et non pas comme un système.

Explorons ce paradoxe de la vie qui se tend entre horizontalité et verticalité dans un même mouvement.

Voyons si l'on s'endurcit, si l'on s'ouvre, si l'on se perd, si l'on se trouve.

Voyons si la vie cogne plus fort et quand. Agissons, rêvons, abandonnons, aimons. Retenons notre souffle et appuyons sur le bouton. Le geste photographique. Hissé à hauteur du sujet sur des raidillons de vie, sur le bout de son nez.

Bien sûr, il y aura des moments où nous serons lâches. Et puis, il y aura des aubes et des lumières pour y croire encore et pour être fort. Bien sûr, il y aura des moments où nous penserons que ça ne finira jamais. Et puis, le temps ignorera encore une fois nos errances et ce sera déjà la fin.

Voyons alors ce qui vit et ce qui meurt. Ce qui reste pour demain.

Voyons ce qu'il adviendra. Avec cette âme neuve.

 

 

Sortie dans les Vosges août 2018

Sortie en Haute-Savoie août 2018

Trail des Trappistes Chimay  9 septembre 2018  48km  dénivelé 1590m+

Course des terrils  Raismes  30 septembre 2018  25 km  5 terrils

Sorties dans les Alpes février 2019